Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /Mars /2010 19:48

24 Nissan

 

Chapitre 42

 

[Dans le chapitre précédent, RSZ a expliqué que la crainte de HM est une chose nécessaire au service divin.  Chaque juif est capable d'atteindre ce niveau, en réfléchissant comment "Hashem se tient au-dessus de lui" et "sonde son rein et son coeur [pour voir] s'il Le sert comme il se doit".  Cette pensée le mènera à produire au moins une certaine mesure de crainte en son esprit. Celle-ci à son tour lui permettra d'étudier la Torah correctement, aussi bien que d’accomplir les commandements positifs et négatifs. 

RS’Z a également noté que ce niveau de crainte est connu comme Yirah Tata'ah, "la crainte inférieure", qui est une étape préparatoire à l'accomplissement appropriée de Torah et Mitzvot. 

Ce degré de crainte doit être manifeste pour pouvoir qualifer son étude de la Torah et son observance des Mitzvot de service divin, Avodah ]. 

 

Chapitre 42: Après avoir évoqué la nécessité de ressentir la crainte comme préalable au service de D.ieu, l'Admour Hazaken poursuit en expliquant dans ce chapitre que cette crainte que chaque juif peut et doit éveiller en lui pour Le servir est qualifiée de "crainte inférieure". Elle permet d'accomplir les Mitsvot d'une façon de "Ecarte-toi du mal et fais le bien".

 

והנה במה שכתוב לעיל בענין יראה תתאה

A la lumière de ce qui a été dit déjà au sujet du niveau inférieur de crainte, [comme récapitulé ci-dessus],

יובן היטב מה שנאמר בגמרא על פסוק: ועתה ישראל מה ה׳ אלקיך שואל מעמך כי אם ליראה את ה׳ אלקיך, אטו יראה מילתא זוטרתי היא

nous comprendrons clairement le commentaire Talmudique [1] sur le verset, [2] "Et maintenant, Israël, qu’est-ce que Hashem ton Elohim exige de toi ? Seulement que tu craignes Hashem ton Eohim."  Le Gemara demande:  "la crainte, est-ce une si petite chose ?"

אין: לגבי משה מילתא זוטרתי היא וכו׳

 [réponse de la Guemara]:  "oui, dans le cas de Mosheh, c'est une petite chose", et ainsi de suite. 

 

[Superficiellement, la réponse semble être que ceci a été ordonné par Mosheh au peuple juif, et pour lui, la crainte de Hashem est en effet une chose simple]. 

 

דלכאורה אינו מובן התירו׳, דהא שואל מעמך כתיב

A première vue, la réponse [de la Gmara] est incompréhensible, parce que le verset demande, "qu’est-ce qu’Il (Hashem) exige de vous ?"  - [c.-à-d., qu’est-ce que Hashem exige-t-il de chaque juif ?  Pour la majorité des juifs, la crainte de Hashem n'est certainement pas d’acquisition facile.  Quel est alors l’intérêt de la réponse de Mosheh en disant que c'est une chose simple ? 

 

RSZ va maintenant pour expliquer que la réponse de la Gmara : "dans le cas de Mosheh il s’agit d’une chose simple", ne se rapporte pas seulement à Mosheh, mais au "Mosheh" qui est trouvé dans chaque juif, parce que Mosheh imprègne tous les juifs avec le niveau de Daat (Littéralement, la "connaissance"), leur permettant tous de lier leur propre faculté de Daat à la Divinité. 

 

Cela concerne ce niveau de Mosheh trouvé en chaque juif, celui au sujet duquel la déclaration est faite : "... dans le cas de Mosheh, c'est une chose simple." 

 

Car quand un juif utilise la puissance de Mosheh trouvée en lui, c.-à-d., quand il lie son Daat avec la Divinité, alors la crainte de Hashem est en effet une chose simple et facile à atteindre, comme cela sera maintenant expliqué]. 

 

אלא הענין הוא כי כל נפש ונפש מבית ישראל יש בה מבחינת משה רבנו עליו השלום, כי הוא משבעה רועים

L'explication, cependant, est la suivante: Chaque âme de la maison d’Israël comporte en elle quelque chose de la qualité de notre maitre Mosheh, la paix soit sur lui, parce qu’il est un des "sept bergers" [3]

הממשיכים חיות ואלקות לכללות נשמות ישראל, שלכן נקראים בשם רועים

qui font s’écouler la vitalité et la divinité vers la communauté des âmes d'Israël, d’où le qualificatif de "bergers". 

 

[Tout comme un berger fournit l'alimentation à ses moutons, leur donnant de ce fait la vitalité, ainsi également font les "sept bergers" qui pourvoient aux âmes juives avec la "vitalité et le divin", chacun avec son propre niveau spirituel. 

Abraham fournit aux juifs la faculté spirituelle de ‘Hessed et de l’amour, et ainsi de suite.

 

Les Chassidim expliquent que le Alter Rebbe a réfléchi pendant un nombre considérable de semaines s’il devait écrire que les "sept bergers" fournissent la "vitalité divine" (dans le texte hébreu (חיות אלוקות Chayot Elokut), ou s'il devait écrire '"vitalité et Divinité" (חיות ואלוקות Chayot Ve'Elokut). Il s’est finalement résolu à écrire ce dernier - "vitalité et Divinité." Car "vitalité" se rapporte à l'amour et à la crainte de Dieu, puisque ce sont eux qui animent son accomplissement de Torah et de Mitzvot; "Divinité" se rapporte à l'auto-annulation devant Dieu.  Les "sept bergers," alors, sont cause que tous deux, "vitalité et le Divinité", s’écoulent dans les âmes juives]. 

 

ומשה רבנו, עליו השלום, הוא כללות כולם, ונקרא רעיא מהימנא, דהיינו שממשיך בחינת הדעת לכללות ישראל לידע את ה׳

Notre maitre, Mosheh, la paix sur lui, comprend [les aspects de] tous, et il s'appelle רעיא מהימנא "l’authentique berger". Ceci signifie qu’il amène la qualité de Daat à la communauté d'Israël, de sorte qu’elle puisse savoir [et être conscient de Hashem de sorte que pour eux la Divinité soit évidente en soi, et soit éprouvée par chaque juif],

כל אחד כפי השגת נשמתו ושרשה למעלה

chacun selon la capacité intellectuelle de son âme et de sa racine en-haut, [c.-à-d., selon la taille de la source d'âme pendant qu'il existe ci-dessus],

ויניקתה משרש נשמת משה רבנו, עליו השלום, המושרשת בדעת העליון שבי׳ ספירות דאצילות המיוחדות במאצילן, ברוך הוא

et selon [le degré de] sa sustentation à partir de la racine de l’âme de Mocheh notre maitre, la paix sur lui, qui est enracinée dans le Daat Elyon (la "connaissance Suprême") des Dix Séfirot (les Attributs Divins) de Atzilout, qui sont unis avec Celui dont elles émanent. 

 

[Tout comme Dieu se nomme le Créateur des êtres créés, ainsi, aussi, est-Il a appelé l'Emanateur de ces entités trouvées dans le monde de Atzilout, un monde qui, ainsi que ses êtres, est une émanation du Ein-Sof],

שהוא ודעתו אחד, והוא המדע כו׳

parce que Lui et Sa Connaissance sont Uns, et "Il est la connaissance...." 

 

[Comme expliqué au chapitre 2 ci-dessus, la Connaissance de Hashem et celle de l’homme sont tout à fait différentes.  Sur le plan humain, le connaisseur, la faculté de connaissance (le connaissant) et le connu, sont trois entités distinctes et séparées. Cependant, au sujet de Hashem: "Il est la connaissance, Celui qui connait, et il est Ce qui est connu."  Ainsi, cette Connaissance Suprême est unie avec Lui et c’est dans ce niveau de Daat que l'âme de Mocheh est enracinée et prend sa source.

 

 Quand un juif reçoit cette capacité de Daat de l'âme de Mosheh, il peut véritablement percevoir le divin d'une façon intérieure, de sorte qu'il l'éprouve réellement et parvient ainsi à la crainte de Hashem. L'utilisation de cette capacité permet à chaque juif de savoir et de juger comment « Hashem se tient au-dessus de lui... et voit ses actions ». Il est donc facile pour lui de suciter en lui une crainte de Hashem. 

 

Cependant, tout ce qui précède se rapporte à l'aspect de luminaire de Mosheh qui est reçu par chaque juif. RS’Z continue maintenant d’expliquer ce niveau encore plus élevé de Mosheh - une "étincelle" de l'âme de Mosheh qui est accordée aux sages et aux chefs spirituels de chaque génération. (L'étincelle est une partie de la flamme, à la différence des rayons de l'illumination qui ne sont pas vraiment une partie du luminaire. Ainsi, également, les étincelles de l'âme de Mosheh, trouvées chez les chefs et les disciples dans toutes les générations, sont une partie de l'âme de Mosheh.)  La tache de ces chefs est d'enseigner la Grandeur de Hashem aux juifs, de sorte qu'ils servent Hashem avec tout leur coeur]. 

 

ועוד זאת, יתר על כן, בכל דור ודור יורדין ניצוצין מנשמת משה רבנו, עליו השלום, ומתלבשין בגוף ונפש של חכמי הדור, עיני העדה

En outre et au delà de ceci [l’influence dominante sur la communauté dans l'ensemble], là descendent, dans chaque génération, des étincelles de l'âme de Mosheh notre maitre, la paix sur lui, et elles se revêtent du corps et de l'âme des sages de cette génération, les "yeux" de l’assemblée. 

 

[En raison de l'"étincelle" de Mosheh trouvée chez le chef spirituel, il s'appelle "Mosheh", comme dans l'expression du Talmud,[4] "Mocheh, tu as bien parlé !" Cette étincelle est revêtue non seulement de l'âme d'un leader, mais également de son corps. [5] C'est pourquoi les ‘Hassidim indiquent que l’homme ne se fatigue jamais de regarder un Rebbe, parce qu’en lui est une étincelle de Mosheh. Ces étincelles qui se sont revêtues des sages et des chefs spirituels le sont ]

ללמד דעת את העם, ולידע גדולת ה׳ ולעבדו בלב ונפש

- pour donner la connaissance au peuple, et pour qu'il puisse apprendre la grandeur de Hashem et [par conséquent] pour Le servir avec le coeur et l'âme. 

 

כי העבודה שבלב היא לפי הדעת, כמו שכתוב: דע את אלקי אביך, ועבדהו בלב שלם ונפש חפצה

Car le service du coeur, [c.-à-d., l’amour et la crainte de Hashem], dépend de Daat, [selon son degré de connaissance et de compréhension de la Grandeur de Dieu], ainsi qu'il est écrit, [6] "connais le Dieu de ton père, et sers-Le avec tout ton coeur et avec une âme passionnée".

 

[Ainsi, "sers Le avec tout ton coeur et avec une âme passionnée", implique "connais le Dieu de ton père" - pour savoir et comprendre Sa Grandeur.  Ceci est enseigné au peuple par les disciples de chaque génération, en lesquels les étincelles de Mosheh se sont revêtues]. 

 

ולעתיד הוא אומר: ולא ילמדו איש את רעהו לאמר, דעו את ה׳, כי כולם ידעו אותי וגו׳

Seulement au sujet du futur [l’ère messianique] il est écrit:  [ 7 ] « et chaque homme n'enseignera plus à son voisin, son frère, en disant « connais l’Eternel », car tous Me connaîtront.... ».

 

[Seulement à ce moment-là un maitre sera inutile. Cependant, dans notre époque, un maitre doit nous enseigner la connaissance de la Grandeur de Hashem pour pourvoir le servir avec le coeur et l'âme. Et la dépendance de chacun à l’égard de Mosheh par l’intermédiaire des disciples de chaque génération (les "étincelles"de Mosheh) est de l'essence même de son service divin].

 

אך עיקר הדעת אינה הידיעה לבדה, שידעו גדולת ה׳ מפי סופרים ומפי ספרים

Cependant, l'essence de la connaissance [qui amène l’homme à servir Hashem de toute son âme et de tout son coeur], n'est pas seulement un savoir, c.à.d. que ces personnes connaissent la grandeur de Hashem avec l’aide des érudits [c.-à-d., des sages et des guides spirituels] et des livres,

אלא העיקר הוא להעמיק דעתו בגדולת ה׳, ולתקוע מחשבתו בה׳ בחוזק ואומ׳ הלב והמוח

mais la chose essentielle est d'immerger son propre esprit profondèment dans [ces concepts qui illustrent] la grandeur de Hashem, et de fixer sa pensée sur Hashem avec une force et une vigueur du coeur et de l'esprit,

עד שתהא מחשבתו מקושרת בה׳ בקשר אמי׳ וחזק, כמו שהיא מקושרת בדבר גשמי שרואה בעיני בשר ומעמיק בו מחשבתו

 jusqu'à ce que sa pensée soit liée à Hashem avec un lien fort et puissant, comme il est lié à une chose matérielle qu'il voit avec ses yeux physiques et sur lequel il concentre sa pensée. 

 

[Faisant ainsi, l’homme est puissamment lié à l'objet de ses pensées et ne peut pas se libérer d'elles. Penser à Hashem et à Sa Grandeur doit être fait avec la même force d’attachement et de liaison - et ainsi le penseur sera vraiment lié de ce fait à Lui]. 

 

כנודע שדעת הוא לשון התקשרות, כמו: והאדם ידע וגו׳

Comme nous le savons Daat dénote l’union, comme dans le verset, [8] « véAdam yadah ‘Havah » (littéralement `connut')... Et Adam connut Eve" 

 

[Le mot yada dans ce verset dénote l’union. Ainsi, Daat impique le fait de savoir quelque chose au point d’être complètement uni à elle. La même chose est vraie concernant la connaissance de la divinité. Bien que lorsque l’homme connaît Dieu, il accomplisse déjà une Mitzvah, ceci ne suffit pas; il est encore nécessaire d’accomplir l'union de Daat par la méditation, la réflexion profonde sur la Grandeur de Dieu]. 

 

Notes: 

1/ Berachot 33b. 

2/ Devarim 10:12. 

3/ Abraham, Isaac, Jacob, Moses, Aaron, Joseph, David. 

4// Shabbat 101b, et ailleurs. 

5/ expliquant pourquoi RSZ indique ici que des étincelles de l'âme de Mocheh sont revêtues du corps et de l'âme des sages de chaque génération, le Rebbe Shlita précise:  Il semblerait que l'ordre devrait être renversé - les étincelles se revêtent non seulement de l'âme du sage, mais également de son corps. 

Le Rebbe Shlita explique, cependant, que si l'ordre avait en effet été renversé, on aurait pu incorrectement penser que l'étincelle de Mocheh revêtue du sage n'atteint pas son corps directement, seulement après s’être revêtu de son âme.

En énonçant d'abord le « corps » et ensuite « l’âme », RSZ souligne le fait que l'étincelle de Mosheh revêtue du corps arrive à destination directement depuis Mosheh, sans interposition de l'âme du sage. 

Tout comme la qualité distinctive de Mosheh lui-même est reliée non seulement à son âme mais également à son corps, ainsi également en ce qui concerne l'étincelle qui émane de lui:  elle se revêt directement du corps du sage. 

Ceci nous aide à comprendre plus profondément pourquoi les sages sont reconnus comme Mosheh, comme cité précédemment, parce que même dans leurs corps une étincelle de Mosheh s’en est revêtue. 

6/ I Divrei HaYamim 28:9. 

7/ Yirmeyahu 31:33. 

8/ voir ci-dessus, ch 3.

 

 

25 Nissan

 

Au cours des précédentes études, RSZ a expliqué que chaque juif est à même de parvenir à la crainte de Hashem, et ce, en vertu de la faculté de Daat que son âme re­çoit de celle de Mosheh. En s’imergeant et en méditant sur la Grandeur de Hashem, le juif peut comprendre celle-ci et être inspiré d’un sentiment de crainte dans son service divin. 

 

וכח זה ומדה זו, לקשר דעתו בה׳, יש בכל נפש מבית ישראל ביניקתה מנשמת משה רבנו, עליו השלום

Cette capacité et cette qualité d'attacher son Daat à Hashem, [de sorte qu'il comprend non seulement, mais également ressent la divinité et ainsi devient complètement uni à Hashem], est présente dans chaque âme de la Maison d'Israël, en vertu de sa nourriture [Yénikah, littéralement "allaitant"] provenant de l'âme de Mocheh Rabbénou, la paix sur lui. 

 

רק מאחר שנתלבשה הנפש בגוף, צריכה ליגיעה רבה ועצומה, כפולה ומכופלת

Seulement, puisque l'âme s'est revêtue du corps, elle a besoin d'un grand et puissant effort, doublé et redoublé, [afin de ressentir et d’être attaché à Hashem.]

 

[Tandis qu'il est vrai que l'âme a cette capacité par le biais de sa nourriture provenant de l'âme de Mocheh (car si l'âme manquait de cette capacité, le plus grand effort resterait sans résultat, car comment une créature pourrait-elle comprendre et ressentir son Créateur ? Comment une âme revêtue dans un corps peut-elle ressentir Hashem et s’unir à Lui ?), néanmoins, même en possession de cette capacité, il est exigé un effort prodigieux pour réellement comprendre et ressentir la divinité]. 

 

האחת היא יגיעת בשר, לבטש את הגוף ולהכניעו, שלא יחשיך על אור הנפש

Le premier est יגיעת בשר un « effort de la chair » [pour rejetter les désirs corporels], pour briser le corps, [c.-à-d., pour affaiblir sa corporalité], et parvenir à le soumettre, de sorte qu'il n'obscurcisse pas la lumière de l'âme, [permettant de ce fait de comprendre et de ressentir le divin],

כמו שנאמר לעיל בשם הזהר, דגופא דלא סליק ביה נהורא דנשמתא, מבטשין ליה, והיינו על ידי הרהורי תשובה מעומק הלב, כמו שכתוב שם

comme cela a été mentionné ci-dessus [9] au nom du Zohar, à savoir qu’« un corps dans lequel la lumière de l'âme ne pénètre pas doit être brisé », ce qui est accompli au moyen de réflexions de repentir venant des profondeurs du coeur, comme cela est expliqué là. 

 

[Quand l’homme atténue la grossièreté du corps, de sorte qu'il ne le gêne plus, il devient possible pour la « lumière de l'âme » de s’y manifester. C’est alors une des sortes d'efforts, connue sous le nom de « effort de la chair ».] 

 

והשנית היא יגיעת הנפש, שלא תכבד עליה העבודה ליגע מחשבתה, להעמיק ולהתבונן בגדולת ה׳ שעה גדולה רצופה

Et le second est יגיעת הנפש l'effort de l'âme - [pour révéler les puissances de l'âme], de sorte que le service qui consiste en l’effort de la pensée, en s’immergeant et en méditant sur la Grandeur de Hashem pendant une longue période ininterrompue, ne soit pas un fardeau pour l’âme. 

כי שעור שעה זו אינו שוה בכל נפש

Car cette mesure de temps [nécessaire pour s'immerger et réfléchir à un concept divin afin d’éveiller l'amour ou la crainte de Hashem] n'est pas la même pour toutes les âmes. [Certains ont besoin de plus de temps, de d'autres moins]. 

 

יש נפש זכה בטבעה, שמיד שמתבוננת בגדולת ה׳, יגיע אליה היראה ופחד ה׳

Il y a des âmes naturellement raffinées ou élevées qui, immédiatement lors de la méditation sur la Grandeur de Hashem, atteignent d’emblée une crainte et peur de Hashem. 

 

כמו שכתוב בשלחן ערוך אורח חיים סימן א׳: כשיתבונן האדם שהמלך הגדול, מלך מלכי המלכים הקדוש ברוך הוא, אשר מלא כל האר׳ כבודו, עומד עליו ורואה במעשיו, מיד יגיע אליו היראה וכו׳

Comme il est écrit dans le Shoulchan Arouch, Ora’h ‘Hayim, section I, à savoir que « lorsqu’un homme réfléchit que le grand Roi – le suprême Roi des rois, le Saint béni Soit-Il, dont la gloire emplit tout le monde – se tient au-dessus de lui et observe toutes ses actions, il sera immédiatement saisi de crainte...» 

 

[Et, comme le Shoulchan Arouch conclut, « il sera humilié et confondu devant Hashem ».  C'est vrai de celui dont l'âme est naturellement raffinée;  il est « ...immédiatement saisi de crainte », sans grand effort ni beaucoup de temps requis de sa part]. 

 

ויש נפש שפלה בטבעה ותולדתה, ממקור חוצבה ממדרגות תחתונות די׳ ספירות דעשיה

Il y a alors des âmes qui sont de nature et d'origine inférieures et modestes, provenant des niveaux  inférieures des dix Sefirot de Assiyah, 

 

[dans le monde d'Assiyah lui-même, le plus inférieur de tous les 4 mondes spirituels, ce type d'âme provient du plus bas des Dix Séfirot.  Ce sont ainsi des âmes "de nature et d'origine modestes," pour laquelle il est difficile de conceptualiser des sujets concernant la divinité],

ולא תוכל למצוא במחשבתה האלקות, כי אם בקושי ובחזקה

et elles ne peuvent pas découvrir le divin par contemplation si ce n’est avec de la difficulté et une insistance et une persévèrance puissante.  [10]

 

[ c.-à-d., seulement en déployant une grande quantité d'effort et de temps passé en méditant et contemplant la divinité qu’elles parviendront à fixer un degré d'illumination divine, et à conceptualiser une notion du divin. Seulement alors cette contemplation pénètre une telle personne de sorte qu'elle craigne Hashem]. 

 

ובפרט אם הוטמאה בחטאת נעורים, שהעוונות מבדילים כו׳ כמו שכתוב בספר חסידים סימן ל״ה

Particulièrement si [l'âme est non seulement d’un caractère modeste, mais en outre] elle a été entâchée par le "péché de jeunesse" car ses péchés s’interposent [entre un juif et Hashem] ([11] comme cela est écrit dans le Sefer ’Hassidim, au chapitre 35). 

 

ומכל מקום, בקושי ובחזקה, שתתחזק מאד מחשבתו באומ׳ ויגיעה רבה ועומק גדול, להעמיק בגדולת ה׳ שעה גדולה

Néanmoins, avec la difficulté et avec l'effort intense, si l’homme exerce sa pensée considérablement avec vigueur et avec une grande concentration de travail dur et intense, en l’immergeant [elle-même] dans la contemplation de la Grandeur de Hashem pendant un long moment,

 

[Le Rebbe Loubavitcher précédent de mémoire bénie a déclaré une fois dans un entretien que par  "long moment", il faut comprendre « une heure aujourd'hui... une heure demain » jusqu’à ce que finalement la répétition de la concentration intense jour après jour assurera que peu importe combien l’âme est basse et modeste]

 

בודאי תגיע אליו על כל פנים היראה תתאה הנ״ל

il surviendra certainement à elle au moins le « niveau de la crainte inférieure » évoquée ci-dessus, [c.-à-d., assez pour l'empêcher de faire quelque chose qui est à l’opposée de la volonté divine]. 

 

[En ce qui concerne l’assurance du Alter Rebbe qu’en dépit de ses fautes passées n’importe quelle âme modeste avec la concentration intense requise sur la grandeur divine atteindra toujours sûrement le niveau inférieure de la crainte, le Rebbe Shlita commente:  « nous avons également appris de ceci que même avant [d’atteindre] ce [niveau de crainte], la personne réussira sûrement à mettre fin à sa séparation [d’avec Hashem] qui a été provoquée par ses fautes; c.-à-d., elle regrettera ses fautes et se repentira » ].  [12] 

 

וכמו שאמרו רז״ל: יגעתי ומצאתי, תאמין

Et, comme nos Rabbis de mémoire bénie ont dit:  [13] « si un homme dit j'ai peiné et j'ai trouvé, crois-le. »

 

[le Rebbe Shlita explique: le travail aide non seulement une personne à réaliser quelque chose de proportionnel à la quantité de travail fournie, identique au paiement reçu pour accomplir un travail, mais par ailleurs cela lui permet de dire, "j'ai trouvé !"  Car dans le cas d'une personne qui trouve un objet, sa trouvaille est incomparablement plus grande en valeur que le travail investi en le trouvant]. 

 

וכדכתיב: אם תבקשנה ככסף, וכמטמונים תחפשנה, אז תבין יראת ה׳

Il est écrit également, [en ce qui concerne la réussite atteinte par celui qui peine pour atteindre la crainte de Hashem]: [14] "si tu la cherches comme l'argent, et si tu la poursuis comme une trésor caché, alors tu comprendras la crainte de Hashem".

 

פירוש: כדרך שמחפש אדם מטמון ואוצר הטמון בתחתיות האר׳, שחופר אחריו ביגיעה עצומה

Ceci signifie:  à la façon d'une personne cherchant un trésor caché enterré dans les profondeurs de la terre, pour lequel il creuse avec un effort intense et inlassablement,

[car il sait qu'il est sûrement enterré là],

כך צריך לחפור ביגיעה עצומה לגלות אוצר של יראת שמים הצפון ומוסתר בבינת הלב של כל אדם מישראל

ainsi l’homme doit s’investir dans un effort accru afin de révèler le trésor de la crainte du ciel, qui se trouve enterré et caché dans la compréhension du coeur de chaque homme d’Israël. 

 

[Puisque ce trésor est caché de façon certaine dans chaque coeur juif, tout ce qui doit être fait c’est de creuser et de chercher à révéler en soi]

שהיא בחינה ומדרגה שלמעלה מהזמן

ceci [cette « compréhension du cœur » - la crainte de Hashem] étant d’une qualité et d’un niveau transcendant, dépassant les limites du temps,

 

[par conséquent on ne peut pas dire que pendant un moment particulier ce trésor est manquant et inaccessible]

 

והיא היראה הטבעית המסותרת הנ״ל

et c'est là la crainte naturelle et cachée évoquée précédemment. 

 

[Une question se pose maintenant. Si cette crainte "naturelle, innée" est toujours présente dans le coeur d'un juif, pourquoi une profonde réflexion sur la Grandeur de Hashem serait-elle nécessaire pour y parvenir ? Le Alter Rebbe va expliquer que cette crainte est dissimulée dans les recoins et les cavités du coeur et qu'elle n'affecte pas ses actions et ne lui permet pas de s'abstenir de fauter. Il est ainsi nécessaire de prendre les mesures qui révèleront cette crainte, et s'assurer qu'elle affectera ses actes réels]. 

 

רק שכדי שתבא לידי מעשה בבחינת יראת חטא, להיות סור מרע במעשה דבור ומחשבה, צריך לגלותה ממצפוני בינת הלב שלמעלה מהזמן, להביאה לבחינת מחשבה ממש שבמוח

Cependant, pour que cette crainte se traduise en acte, dans le sens de la "crainte de la faute" de sorte que l’homme s’éloigne du mal en acte, parole et pensée, il est nécessaire de l’exprimer à partir des ressources cachées de la compréhension du coeur où elle transcende le temps, pour l’amener dans le domaine de la pensée qui est dans le cerveau. 

 

להעמיק בה מחשבתו משך זמן מה ממש, עד שתצא פעולתה מהכח אל הפועל ממש

C’est-à-dire, investir sa pensée pendant une période prolongée jusqu'à ce que l’effet de cette crainte émerge de l’état potentiel à l’état concret, [de sorte qu'elle affecte l'âme et le corps de l'homme],

להיות סור מרע ועשה טוב במחשבה דבור ומעשה, מפני ה׳ הצופה ומביט ומאזין ומקשיב ומבין אל כל מעשהו, ובוחן כליותיו ולבו

de sorte qu'il se détourne du mal et fasse le bien, en pensée, parole et acte, à cause de Hashem qui regarde et observe, entend et écoute, et perçoit tous ses actes, et sonde ses "reins et coeur." 

 

[Quand un homme se rend compte que Hashem contrôle ses pensées les plus secrètes, il s'abstiendra sûrement de fauter, et cherchera à la place à accomplir les Mitzvot]. 

 

וכמאמר רז״ל: הסתכל בשלשה דברים כו׳, עין רואה ואוזן שומעת כו׳

Comme nos Rabbis, de mémoire bénie, ont dit:  [15] « réfléchis à trois choses [et tu n’en viendras pas à fauter: Sache ce qui est au-dessus de toi] - un oeil qui voit, et une oreille qui entend.... » 

 

Notes: 

9/ début du ch 29. 

10/ le Rebbe Shlita note:  "les mots sont du Sefer ‘Hassidim, et de même aprés." 

11/ les parenthèses sont dans le texte original. 

12/ le Rebbe Shlita note:  Dans la deuxième édition du Shoulkhan Aroukh du Alter Rebbe, dans lequel les sujets sont discutés - comme cela peut simplement être remarqué - avec plus de détail et d'une façon plus profonde, le Alter Rebbe ajoute:  "et si la personne n'atteint pas immédiatement la crainte de HM, elle devrait s'investir profondément....  Elle devrait également entièrement se repentir de ses péchés, parce que ce sont eux qui l’empêchent  d'atteindre la crainte [ de HM]." 

Ceci complète le commentaire du Shoulkhan Aroukh et de la première édition du Shoulkhan Aroukh du Alter Rebbe (comme cité ci-dessus dans le Tanya), à savoir "lorsqu’il réfléchira.... il atteindra immédiatement cette crainte...." 

Ainsi, dans la deuxième édition de son Shulchan Aruch, le Alter Rebbe aborde la question de savoir ce qui doit être fait si la crainte n'est pas immédiatement atteinte. 

Il peut être remédié à la situation "en s'investissant plus profondément, etc.," et par "un repentir entier, etc..." 

13/ Megillah 6b. 

14/ Mishlei 2:4-5. 

15/ Avot 2:1.

 

Par Baal Hatanya - Publié dans : LIKOUTEI AMARIM - Communauté : Hassidout
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